Les bulles d’air dans le circuit de refroidissement constituent une menace sérieuse pour le moteur. Elles créent des poches qui bloquent la circulation du liquide, provoquent des surchauffes localisées et réduisent l’efficacité thermique. Maîtriser les techniques de purge permet d’éviter ces désagréments et de préserver la mécanique sur le long terme.
Pourquoi les bulles d’air s’installent dans le circuit
Les inclusions d’air apparaissent pour plusieurs raisons. Lors d’une vidange ou du remplacement d’un composant (thermostat, pompe à eau, durite), l’air pénètre inévitablement dans le système. Une fuite au niveau d’un joint de culasse (pièce assurant l’étanchéité entre la culasse et le bloc moteur) peut également introduire des gaz de combustion dans le circuit. Enfin, un niveau de liquide trop bas favorise l’aspiration d’air par la pompe.
Ces bulles forment des sas qui empêchent le liquide de circuler correctement. Le radiateur, les durites et le bloc moteur ne reçoivent plus assez de fluide pour évacuer la chaleur. La température grimpe rapidement, le voyant s’allume et le risque de casse augmente. Un moteur qui surchauffe peut subir une déformation de la culasse, une fissuration du bloc ou une usure prématurée du joint.
Les symptômes d’un circuit mal purgé sont facilement identifiables. La jauge de température fluctue de manière anormale, le ventilateur se déclenche par à-coups, des bruits de gargouillement se font entendre sous le capot et le chauffage de l’habitacle souffle tiède ou froid. Dans les cas graves, une fumée blanche sort de l’échappement, signe que du liquide brûle dans les chambres de combustion.
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Méthodes classiques pour purger le circuit
La technique la plus répandue consiste à utiliser les vis de purge prévues par le constructeur. Ces petites valves se situent généralement sur le boîtier du thermostat, à proximité du radiateur ou sur les durites hautes. Leur emplacement varie selon les modèles, il convient donc de consulter la revue technique du véhicule.
Voici la procédure détaillée pour une purge avec vis :
- Attendre que le moteur soit complètement froid pour éviter tout risque de brûlure.
- Retirer le bouchon du vase d’expansion (réservoir annexe permettant la dilatation du liquide) pour libérer la pression.
- Placer un récipient sous la vis de purge pour récupérer le liquide qui s’écoulera.
- Desserrer légèrement la vis avec une clé adaptée, sans la retirer totalement.
- Remplir progressivement le circuit par le vase d’expansion ou le radiateur.
- Observer le liquide qui sort de la vis : dès qu’il devient continu et sans bulles, resserrer fermement.
- Démarrer le moteur et le laisser tourner au ralenti, chauffage à fond.
- Surveiller le niveau dans le vase et compléter si nécessaire.
- Accélérer légèrement plusieurs fois pour favoriser la circulation.
- Arrêter le moteur, attendre le refroidissement et vérifier à nouveau le niveau.
Sur certains véhicules récents, aucune vis de purge n’est accessible. La méthode alternative repose alors sur le point haut du circuit. Il faut identifier la durite la plus élevée, la déconnecter temporairement et remplir le système jusqu’à ce que le liquide sorte par cet orifice sans bulles. Cette technique demande de la précision et un bon repérage des connexions.
Purge par mise en température progressive
Une autre approche efficace consiste à exploiter la dilatation thermique du liquide. En chauffant progressivement le moteur, le thermostat s’ouvre et permet au fluide de circuler dans l’ensemble du circuit, chassant naturellement les poches d’air vers le vase d’expansion.
La procédure se déroule ainsi :
- Remplir le circuit au maximum, bouchon du vase ouvert.
- Démarrer le moteur et activer le chauffage de l’habitacle au maximum.
- Laisser tourner au ralenti jusqu’à ce que le ventilateur se déclenche.
- Presser délicatement les durites principales pour aider les bulles à remonter.
- Observer le liquide dans le vase : des bulles doivent remonter et éclater en surface.
- Compléter régulièrement le niveau pendant toute l’opération.
- Maintenir le moteur en température quelques minutes supplémentaires.
- Arrêter, laisser refroidir et contrôler une dernière fois le niveau.
Cette méthode fonctionne particulièrement bien sur les circuits simples sans vis de purge. Elle nécessite toutefois de la patience et une surveillance constante pour éviter que le niveau ne descende trop, ce qui réintroduirait de l’air.
Utilisation d’un entonnoir de purge spécialisé
Les professionnels emploient souvent un entonnoir de purge, dispositif transparent muni d’un long tube qui se fixe sur le goulot du radiateur ou du vase. Sa hauteur crée une colonne de liquide qui empêche l’air de pénétrer lors du remplissage et facilite l’évacuation des bulles.
Le principe est simple : l’entonnoir maintient une pression hydrostatique constante. Les bulles remontent naturellement dans le tube transparent, où elles éclatent sans retourner dans le circuit. On peut observer en temps réel l’efficacité de la purge et savoir précisément quand elle est terminée.
Pour l’utiliser correctement, il faut fixer solidement l’entonnoir, remplir le tube au trois quarts, démarrer le moteur et surveiller la remontée des bulles. Dès que le flux devient stable et transparent, la purge est achevée. Cet outil coûte une vingtaine d’euros et représente un investissement judicieux pour qui effectue régulièrement l’entretien de son véhicule.
Purge sous vide : la solution professionnelle
Les garages équipés disposent d’appareils de remplissage sous vide, qui éliminent totalement l’air avant même d’introduire le liquide. Ces machines créent une dépression dans le circuit fermé, aspirent toutes les poches gazeuses, puis injectent le fluide neuf sans aucune bulle.
Cette technique présente plusieurs avantages. Elle garantit une purge parfaite en une seule opération, détecte les fuites éventuelles (si le vide ne se maintient pas) et réduit considérablement le temps d’intervention. Un remplissage sous vide prend généralement moins de quinze minutes contre une heure pour une purge manuelle.
Bien que réservée aux professionnels en raison du coût de l’équipement, cette méthode devient la référence sur les moteurs modernes complexes, dotés de multiples circuits et de points hauts difficiles d’accès. Elle élimine tout risque d’erreur et assure un fonctionnement optimal dès le premier démarrage.
Vérifications post-purge et erreurs à éviter
Une fois la purge terminée, plusieurs contrôles s’imposent. Le niveau de liquide doit rester stable après plusieurs cycles de chauffe. La température du moteur doit monter progressivement jusqu’à la zone normale et s’y maintenir. Le chauffage de l’habitacle doit souffler chaud dès que le moteur atteint sa température de fonctionnement. Aucun bruit de gargouillement ne doit persister.
Il convient également d’inspecter visuellement tous les raccords et colliers de serrage. Une fuite minime réintroduira de l’air et annulera le travail effectué. Vérifier l’absence de traces humides sur les durites, autour du radiateur et sous la pompe à eau.
Plusieurs erreurs compromettent l’efficacité de la purge. Travailler sur un moteur chaud expose aux brûlures et fausse les observations, car la pression élevée empêche les bulles de s’échapper correctement. Ne pas activer le chauffage laisse une partie du circuit non purgée, notamment le radiateur de l’habitacle. Refermer trop vite le bouchon du vase emprisonne l’air résiduel. Enfin, utiliser un liquide inadapté ou dilué dans de mauvaises proportions altère les propriétés antigel et anticorrosion.
Après la purge, il est recommandé de surveiller le niveau pendant quelques jours. Une baisse légère est normale, car les dernières micro-bulles s’évacuent progressivement. En revanche, une chute importante signale une fuite ou une combustion de liquide, problèmes qui nécessitent une intervention rapide.
Purger correctement le circuit de refroidissement demande méthode et rigueur, mais reste accessible à tout bricoleur attentif. Choisir la technique adaptée au véhicule, respecter les étapes et vérifier soigneusement le résultat garantissent un système performant et un moteur protégé durablement.
