Cric : utilisation et sécurité pour changer une roue

Outillage et EPI Publié le 24 janvier 2026

Changer une roue nécessite un équipement adapté et le respect de règles de sécurité précises. Le cric constitue l’outil central de cette opération, mais son utilisation incorrecte peut provoquer des accidents graves. Maîtriser les bons gestes et connaître les points de vigilance permet d’intervenir sereinement sur son véhicule.

Choisir le bon cric pour son véhicule

Tous les crics ne se valent pas. La capacité de levage représente le critère principal : elle doit correspondre à la moitié du poids total du véhicule au minimum. Une citadine de 1000 kg nécessite un cric d’au moins 1,5 tonne, tandis qu’un utilitaire ou un SUV de 2000 kg exige un modèle de 2 à 3 tonnes. Vérifier cette information évite les risques de rupture ou d’affaissement.

Le cric mécanique (ou cric losange) équipe la majorité des véhicules en série. Compact et léger, il se range facilement dans le coffre. Son mécanisme à vis fonctionne par rotation manuelle d’une manivelle. Simple d’emploi, il convient aux interventions ponctuelles mais demande un effort physique et présente une stabilité limitée sur terrain irrégulier.

Le cric hydraulique offre davantage de puissance et de stabilité. Deux versions existent : le modèle bouteille, vertical et robuste, et le cric rouleur (enrouleur), équipé de roulettes pour se positionner sous le véhicule. Ce dernier facilite les manœuvres et assure un levage plus rapide. Son coût reste supérieur, mais il convient aux usages réguliers ou aux véhicules lourds.

Les crics pneumatiques fonctionnent à l’air comprimé et s’adressent surtout aux professionnels. Leur rapidité d’exécution séduit en atelier, mais leur encombrement et leur prix les réservent à un usage intensif. Pour un automobiliste, le cric hydraulique rouleur ou le cric mécanique suffisent largement.

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Préparer le véhicule avant toute intervention

La préparation conditionne la sécurité de l’opération. Garer le véhicule sur une surface plane, stable et dure constitue la première exigence. Éviter les terrains en pente, les sols meubles (terre, gravier, herbe) ou glissants. Si aucune alternative n’existe, placer une planche épaisse sous le cric pour répartir la charge.

Serrer le frein à main et engager une vitesse (première pour une boîte manuelle, position parking pour une automatique) immobilise le véhicule. Couper le moteur et retirer la clé du contact prévient tout démarrage accidentel. Allumer les feux de détresse signale la présence aux autres usagers.

Positionner un triangle de signalisation à distance réglementaire renforce la visibilité : 30 mètres en agglomération, 150 mètres sur route, 200 mètres sur autoroute. Porter un gilet haute visibilité devient obligatoire dès que l’on sort du véhicule sur la chaussée. Ces équipements de protection individuelle (EPI) limitent les risques de collision.

Placer des cales de roue (ou chandelles) devant et derrière les roues opposées à celle que l’on souhaite changer bloque définitivement le véhicule. Cette précaution empêche tout mouvement pendant le levage. En l’absence de cales dédiées, utiliser des pierres plates ou des morceaux de bois épais.

Identifier les points de levage du véhicule

Chaque véhicule dispose de points de levage spécifiques, conçus pour supporter la charge sans endommager la carrosserie ou le châssis. Ces zones renforcées se situent généralement sous les bas de caisse, à proximité de chaque roue. Une encoche, un renfoncement ou un marquage visuel les signale.

Consulter le manuel d’utilisation du véhicule permet de localiser précisément ces emplacements. Certains constructeurs gravent un pictogramme de cric sur le châssis ou indiquent la position par une flèche. Ne jamais improviser en plaçant le cric sous un élément fragile (réservoir, tuyauterie, plancher) : la déformation ou la rupture peut survenir brutalement.

Le cric doit être positionné perpendiculairement au sol, sans inclinaison. Vérifier que la tête du cric s’emboîte correctement dans l’encoche prévue. Un mauvais alignement provoque un glissement lors du levage, avec un risque de chute du véhicule. Prendre le temps de bien ajuster l’outil garantit la stabilité.

Sur les véhicules récents, les points de levage peuvent être protégés par des caches en plastique. Les retirer délicatement avant de positionner le cric évite d’abîmer ces éléments. Les remettre en place après l’intervention préserve l’intégrité de la carrosserie.

Étapes détaillées pour changer une roue en toute sécurité

Avant de soulever le véhicule, desserrer légèrement les écrous de la roue à changer. Le pneu encore au sol empêche la roue de tourner, facilitant le dévissage. Utiliser une clé en croix ou une clé dynamométrique (outil permettant de mesurer la force appliquée lors du serrage). Tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, sans retirer complètement les écrous à ce stade.

Si un écrou antivol équipe la roue, utiliser la douille spécifique fournie avec le véhicule. La perdre complique l’intervention : la conserver dans la boîte à gants ou avec le cric. Appliquer une pression ferme mais progressive pour éviter d’arrondir les angles de l’écrou.

Positionner le cric sous le point de levage le plus proche de la roue concernée. Actionner la manivelle (cric mécanique) ou la pompe (cric hydraulique) pour soulever progressivement le véhicule. Lever jusqu’à ce que le pneu se décolle du sol de 5 à 10 centimètres. Cette hauteur suffit pour retirer et installer la roue.

Ne jamais se placer sous un véhicule maintenu uniquement par un cric : ce dispositif de levage sert exclusivement à soulever, pas à maintenir durablement. Pour toute intervention sous le véhicule, utiliser des chandelles de sécurité (supports métalliques réglables en hauteur) placées sous les points de levage adjacents.

Retirer complètement les écrous et les déposer dans un endroit propre pour éviter de les perdre. Saisir la roue à deux mains et la tirer vers soi pour la dégager. Si elle résiste, tapoter légèrement le pneu avec la paume de la main ou un maillet en caoutchouc pour désolidariser la jante du moyeu.

Nettoyer la surface du moyeu avec une brosse métallique élimine la rouille et les résidus. Cette opération assure un contact parfait entre la nouvelle roue et le moyeu, évitant les vibrations. Vérifier l’état des goujons (tiges filetées sur lesquelles se vissent les écrous) : toute déformation impose un remplacement.

Positionner la roue de secours ou le nouveau pneu en alignant les trous avec les goujons. Pousser fermement pour plaquer la jante contre le moyeu. Visser les écrous à la main, dans l’ordre diagonal (en croix), pour centrer la roue correctement. Serrer légèrement sans forcer : le serrage définitif s’effectuera roue au sol.

Abaisser doucement le véhicule en actionnant la soupape de décompression (cric hydraulique) ou en tournant la manivelle dans le sens inverse (cric mécanique). Dès que le pneu touche le sol, retirer le cric et procéder au serrage final des écrous. Respecter un ordre en croix pour répartir uniformément la pression.

Utiliser une clé dynamométrique permet d’appliquer le couple de serrage recommandé par le constructeur : généralement 80 à 100 Nm pour une jante acier, 100 à 120 Nm pour une jante alliage. Un serrage insuffisant provoque un desserrage progressif, un serrage excessif endommage les filetages ou déforme la jante.

Erreurs fréquentes et précautions essentielles

Soulever le véhicule sur un sol instable représente l’erreur la plus courante. Le cric s’enfonce ou bascule, provoquant la chute du véhicule. Toujours vérifier la solidité du support avant de commencer. En cas de doute, renoncer à l’intervention et faire appel à un professionnel ou un service de dépannage.

Oublier de desserrer les écrous avant de lever le véhicule complique l’opération. La roue tourne dans le vide, rendant le dévissage difficile voire impossible sans aide extérieure. Anticiper cette étape fait gagner du temps et limite les efforts.

Ne pas positionner le cric sur un point de levage prévu expose à des dégâts matériels. La carrosserie se déforme, les éléments mécaniques se fissurent. Les réparations coûtent bien plus cher qu’un changement de roue. Consulter le manuel du véhicule lève toute ambiguïté.

Rouler avec une roue de secours temporaire (galette) sans respecter les limitations met en danger. Ces pneus de dépannage supportent une vitesse maximale de 80 km/h et une distance limitée à 80 kilomètres. Leur pression spécifique (souvent 4,2 bars) doit être vérifiée avant usage. Remplacer la galette par un pneu standard dès que possible.

Négliger le contrôle du serrage après 50 kilomètres de conduite peut entraîner un desserrage des écrous. Les vibrations et les contraintes mécaniques sollicitent les fixations. Une vérification rapide avec la clé dynamométrique suffit pour s’assurer de la bonne tenue.

Stocker le cric sans entretien réduit sa durée de vie. Nettoyer les mécanismes après usage, graisser les parties mobiles et vérifier l’absence de fissures ou de déformation prolonge son efficacité. Ranger le cric dans un endroit sec, à l’abri de l’humidité, prévient la corrosion.

Vérifications post-intervention et maintenance préventive

Une fois la roue changée, contrôler la pression du pneu installé garantit une conduite sûre. Un gonflage insuffisant ou excessif modifie le comportement du véhicule et accélère l’usure. Utiliser un manomètre (appareil de mesure de pression) pour ajuster à la valeur recommandée, indiquée sur l’étiquette collée dans la portière conducteur ou dans le manuel.

Vérifier l’état de la roue retirée permet d’anticiper les réparations. Si le pneu est réparable (crevaison simple, sans déchirure du flanc), le confier rapidement à un professionnel. Les kits anti-crevaison offrent un dépannage temporaire mais ne remplacent pas une réparation durable.

Contrôler régulièrement la pression de la roue de secours évite les mauvaises surprises. Un pneu dégonflé en cas de crevaison ne sert à rien. Une vérification mensuelle suffit pour maintenir la pression optimale. Remplacer une roue de secours trop ancienne (plus de 10 ans) même si elle semble en bon état : le caoutchouc se dégrade avec le temps.

Ranger correctement le matériel après usage facilite les interventions futures. Nettoyer la clé en croix, le cric et les cales, puis les replacer dans le coffre. Vérifier que tous les éléments sont présents : écrous, douille antivol, triangle, gilet. Un inventaire rapide après chaque utilisation prévient les oublis.

Faire vérifier le parallélisme et l’équilibrage des roues après un changement de pneu optimise la tenue de route et limite l’usure prématurée. Ces réglages, effectués par un professionnel, garantissent que les roues tournent parfaitement alignées et sans vibration. Un véhicule bien entretenu offre sécurité et longévité.


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